mardi 31 octobre 2017

Aux passeports mal nés...

...les ambassades feront la ténacité.

Il y a, dans la préparation aux voyages, toujours un lot de rêves qui va avec.   Il y a aussi, pour un détenteur de passeport mauricien, la confrontation aux ambassades et un lot de cauchemares qui va avec.

Il m’était difficile de faire un blog de quelques chroniques de ce voyage sans évoquer, rapidement, en préambule, les longues semaines de lutte administrative, d’acharnement, de découragements, de résilience, de nécessaire ténacité.

Vis ma vie d’Africain

Le paseport de la République de Maurice a beau être, parmi les pays africains, le deuxième plus favorable au voyage, la plupart des pays d’Amérique Latine ne se sont pas encore décidés à lui ouvrir les bras.  Des murs et des forteresses se sont vite dressés devant le jeune homme africain de 25 ans, souhaitant s’accorder un période sabbatique, en itinérant, à la découverte d’un continent.  Il faut d’abord se mettre en lien avec l’Afrique du Sud car aucun des pays d’Amerique Latine n’a de représentant exécutif a l’île Maurice. Il faut ensuite montrer patte blanche, solvabilité économique à des hauteurs vertigineuses, réservations faites au préalable auprès d’agences locales, itineraires précis, clairement pré-définis, pré-établis, des preuves, des attestations, de résidence, de détention de biens immobiliers, d’emploi, de non-intention de migration.  A cela, la liste de pré-requis avait la coquinerie de s’allonger au fur et a mesure que je la cochais.

J’ai pris, pendant ces mois,  la mesure de ma « condition d’Africain », pourtant si peu ressentie dans un quotidien aux couleurs d’afro-euro-oriental occidentalisé.   A profil égal,  ou bien plus précaire, ou tellement moins stable, les airs et les mers s’ouvrent devant mes camarades Européens.   Au XXI siècle et à l’ère d’internet, la mondialisation nous avait pourtant tellement rapprochés.  Ou nous en avait donné l’impression. Car j’étais là,  du haut de mes vingt cinq années aventurières, curieuses, rêveuses, ambitieuses.  J’étais las, face au refus de certaines ambassades, face à un teigneux entêtement administratif, face à  la prise de conscience qu’il pouvait m’être impossible de circuler sur quelques facettes de cette planète, qu’il me serait de toute manière pénible d’y parvenir,  là où je le pourrais, par mon seul lieu de naissance, devenu en quelques semaines, si qualificatif de mon identité. Triste réalité.

Les îles donnent naissance aux rêveurs, et j’en suis un, acharné.  Avec à mes côtés, quelques doux vents bienveillants, j’ai commencé mon voyage Sud Américain par un prologue diplomatique Sud Africain. Et puis, muni de quelques papiers, après avoir savouré chaque visa de la victoire décroché,  je me suis envolé.   Le 23 Octobre 2017 j’ai atteris à Santiago après un rapide rebond sur São Paulo. Ça y est.  Je suis en Amérique Latine.  


🎧 A écouter — musique associée à ce billet :
Clandestino — Manu Chao
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lundi 16 octobre 2017

Ouvrir la parenthèse

En 2016, je reçois un appel venant de l’interieur.  Un appel à  l’aventure, à la découverte, à la conquête, de nouveaux paysages, de nouveaux peuples, de nouvelles perspectives, de nouvelles idées, de nouvelles cultures, de nouvelles sensations, de nouvelles vibrations, de nouveaux horizons.

Après avoir laissé résonner cet appel en moi un moment, j’ai choisi d’y répondre.  J’ai choisi de laisser derrière moi, quelques temps, un quotidien d’un palpitant épanouissement fait d’aventures en nature, de trottines en collines, de galipettes à bicyclette, de batifolages à la nage, de voyages en images, de joyeux imbroglios avec les mots, de festins de bouquins, de chicanes avec les douanes, de douces rixes avec le fisc, de conquistador avec les corps et de rames avec les rimes.  Me laissant fidèlement guidé par cette grandissante voix sage dans la voie du Voyage, j’entame l’année 2017 en ouvrant une parenthèse, non pas vers un étrange étranger, mais vers un excitant inconnu.

Il a fallu choisir la destination, à l’aide d’une boussole qui marche un peu par élimination, beaucoup par intuition.  Elle a indiqué l’Amérique du Sud, cette grande dame latine, mère de terres et de peuples, de cultures et de merveilles, des temps ancestraux et de notre ère, grand continent où  co-habitent mythes d’hier et légendes de demain.  J’y trouverais les grandes villes aux racines indigènes, aux fondations Européennes, aux aspirations États-Unisiennes, d’animation chaudement latine.  Mais aussi les montagnes, les déserts de sable, de roches, de terre, les forêts, glacées ou chaudes et humides, les glaciers, les rivières, les fermes, les prés, les prairies, les peuples, grands et petits, les langues, les dialectes, les Esprits aussi.

J’ai mis ma vie matérielle en cartons, valsé aux grés des ambassades, ai humé chaque recoin de mon île à m’en remplir les poumons,  fait le plein d’embrassades.  Je suis retourné à l´école, le temps de quelques cours d’espagnol, savoureusement intensifs.  J’ai enfilé l’essentiel de ma vie textile sur le dos. Octobre 2017.  Me voici parti pour quelques mois en itinérant, à la rencontre de cet immense continent. A la découverte des lieux. A la conquête des cœurs.

Explorer of places. Conqueror of hearts.
Publié sur Instagram par islander.ontheloose


🎧 A écouter — musique associée à ce billet :
Time to Pretend — MGMT 
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