Je suis assis dans un café. Dans un bâtiment érigé en un temps record, au temps où le socialisme est arrivé démocratiquement au pouvoir, érigé par zèle idéologique, grâce à un appel national lancé aux mains ouvrières de ce bien long pays, érigé pour accueillir le reste du monde le temps d’une conférence confiée par les Nations Unies, érigé pour montrer à ce monde la grande force d’ici, des petites forces réunies, incarnation des beaux jours d’Allende.
Je suis assis dans un café devant un « americano » et un « brauni ». Il me fait sourire. « Brauni ». Mot emprunté que l’on aurait pu traduire, que l’on aurait pu raconter, que l’on aurait pu réinventer, dont on a préféré, dans ce café, conserver la phonétique, que l’on a préféré, en quelque sorte, translittérer, « brauni ». Un coup de fourchette en ce lieu, autrefois réquisitionné et occupé par Pinochet, transformé alors en ses premiers quartiers, ostentatoirement grillagés et gardés, avant qu’il n’aille s’installer à quelques pas, au palais présidentiel de la Moneda, transformant son nouvel antre en lieu de tortures, entre autres, paraît-il.
Je suis assis dans un café au milieu d’un centre culturel, né de cendres douloureusement crasseuses, de ruines incendiées, accidentellement, ou par « la force des esprits » autrefois persécutés, selon certains qui y cherchent sans doute, qui y trouvent peut-être, un signe réparateur, en l’absence de politiques réparatrices. Au milieu d’un centre « des arts, de la culture et des personnes », au nom évocateur qui dit toute son ambition, Gabriela Mistral, celle qui a osé écrire l’amour comme peu ont su le faire, au nom exorciseur, insuffleur de profonde légèreté.
Je revois Marcela qui se souvient encore et qui, hier, me racontait ces horreurs du passé, sa peur devant cet effroyable immeuble aux gardiens armés, aux impressionnants escaliers, sa mère qui traversait la rue à chaque fois qu’elles devaient passer par là. Elle, sans doute plus en signe de résistance que d’effroi.
Je suis assis dans un café et sous mes pieds se trouve une éblouissante galérie d’arts visuels, à mes côtés, des salles, de théâtre, de projection, de conférence, des studios, de danse, d’enregistrement, une librairie, au dessus de ma tête, une bibliothèque. Je suis assis dans ce café et je vois à ma droite des jeunes qui répètent une chorégraphie en plein air, un autre qui fait de la jonglerie. Plus haut, sur un balcon, un étudiant filmant, de son petit matériel, le jongleur sous tous les angles. Plus loin, vers la gauche, une bonne treintaine de jeunes filles aux cheveux fluos, en petits collants noirs et bas résilles, traversant la rue dans un sens puis dans l’autre, sous les objectifs de téléphones de deux de leurs amis.
Cette génération est née après la dictature. Elle se réapproprie un symbole dont elle sait le passé mais ne porte pas le poids. Et moi. Je suis assis dans un café que, par mes cinq sens et quelques, j’essaie d’appréhender.
Je suis assis dans un café devant un « americano » et un « brauni ». Il me fait sourire. « Brauni ». Mot emprunté que l’on aurait pu traduire, que l’on aurait pu raconter, que l’on aurait pu réinventer, dont on a préféré, dans ce café, conserver la phonétique, que l’on a préféré, en quelque sorte, translittérer, « brauni ». Un coup de fourchette en ce lieu, autrefois réquisitionné et occupé par Pinochet, transformé alors en ses premiers quartiers, ostentatoirement grillagés et gardés, avant qu’il n’aille s’installer à quelques pas, au palais présidentiel de la Moneda, transformant son nouvel antre en lieu de tortures, entre autres, paraît-il.
Je suis assis dans un café au milieu d’un centre culturel, né de cendres douloureusement crasseuses, de ruines incendiées, accidentellement, ou par « la force des esprits » autrefois persécutés, selon certains qui y cherchent sans doute, qui y trouvent peut-être, un signe réparateur, en l’absence de politiques réparatrices. Au milieu d’un centre « des arts, de la culture et des personnes », au nom évocateur qui dit toute son ambition, Gabriela Mistral, celle qui a osé écrire l’amour comme peu ont su le faire, au nom exorciseur, insuffleur de profonde légèreté.
Je revois Marcela qui se souvient encore et qui, hier, me racontait ces horreurs du passé, sa peur devant cet effroyable immeuble aux gardiens armés, aux impressionnants escaliers, sa mère qui traversait la rue à chaque fois qu’elles devaient passer par là. Elle, sans doute plus en signe de résistance que d’effroi.
Je suis assis dans un café et sous mes pieds se trouve une éblouissante galérie d’arts visuels, à mes côtés, des salles, de théâtre, de projection, de conférence, des studios, de danse, d’enregistrement, une librairie, au dessus de ma tête, une bibliothèque. Je suis assis dans ce café et je vois à ma droite des jeunes qui répètent une chorégraphie en plein air, un autre qui fait de la jonglerie. Plus haut, sur un balcon, un étudiant filmant, de son petit matériel, le jongleur sous tous les angles. Plus loin, vers la gauche, une bonne treintaine de jeunes filles aux cheveux fluos, en petits collants noirs et bas résilles, traversant la rue dans un sens puis dans l’autre, sous les objectifs de téléphones de deux de leurs amis.
Cette génération est née après la dictature. Elle se réapproprie un symbole dont elle sait le passé mais ne porte pas le poids. Et moi. Je suis assis dans un café que, par mes cinq sens et quelques, j’essaie d’appréhender.
Café Publico
Gabriela Mistral Centro de las Artes, la Cultura y las Personas