mardi 12 décembre 2017

Dans les parcs de Santiago

Les premiers, d’inspiration française, se sont posés le long de la rivière Maipo, « fleuve » principal traversant la capitale.  D’autres ont suivi et prolongé ces pionniers.  D’autres encore se sont installés en perpendicularité.  Les parcs de Santiago ont connu les beaux jours, les jours remplis, les jours heureux, les jours bruyants, les jours de terreur aussi, les jours déserts, les après-midi de silence, les soirs de couvre-feu, les trafics, la nuit mais pas que, de corps, de substances, et puis la vie, à nouveau, différemment. Ils apportent une forme de douceur, de fraîcheur, de chair à cette grande ville très fonctionnelle.

Dans les parcs de Santiago bourgeonnent des petits parcs, des terrains de jeux, pour les plus petits et pour les plus grands.  On y voit quelques sportifs du matin, qui courent ou qui pédalent.  Il y a les nombreux sportifs du soir, qui s’étirent, qui se musclent, qui défilent, en solitaire ou en groupe, certains en musique dynamique.  Il y a les acrobates, les acro-brancheurs, les slackliners, les escaladeurs, les « pirouetteurs », virevolteurs, sauteurs, sur leurs skateboards ou sur leurs rollers.  Tous, transforment les parcs, pour quelques heures, en salles de sport à ciel ouvert.  On y trouve aussi les « aérobiqueurs », les « zumbeurs », les « salseurs », ces danseurs en plein air, autres sportifs à leur manière.

Dans les parcs de Santiago fleurissent les commerces, quelques cafés, presque-pubs, librairies, de la vente à la sauvette surtout, de la vente de tout.  Les sandwichs déambulent aux côtés des biscuits alfajor, des glaces, qui se consomment aussi bien par temps chaud que par temps froid, des barbes à papa, du popcorn au maïs caractéristique d’ici, des churros, des friandises, des bouteilles d’eau et des bières, canettes cachées dans des sac à dos.  A un angle de rues, des empanadas, des churrascos, des completos, côtoient des gadgets électroniques, des bijoux d’artisanat hippie.


Dans les parcs de Santiago, vivent les chiens de Santiago, aux mille visages, aux doux pelages, aux relativement grands gabarits, errants mais aimés car aimants irrésistiblement attirants, par leur compagnie doucement amicale, joyeusement ludique ou paisiblement réconfortante.

Dans les parcs de Santiago, on ne croise pas un peu mais beaucoup de pololos et pololas* passionnés, garçons et filles, hommes et femmes, qui s’effleurent le bout des cils, le bout du nez, le bout des lèvres, qui se bécotent, qui se roulent des pelles, qui s’embrassent, blottis dans l’herbe, suspendus aux arbres ou assis sur les bancs.  Car dans les parcs de Santiago, il suffit de s’allonger, de regarder vers le ciel puis de se regarder dans les yeux, pour s’aimer, pour tomber amoureux ou retomber, encore un peu.  

Dans les parcs de Santiago, où volent des fumées d’herbe sans tabac, retentissent bien des musiques, des klaxons, des chants, des guitares grattées, des synthétiseurs, des orgues, des violons, pop, folkloriques ou classiques, à toutes heures de la journée.

Le long des parcs de Santiago, on a parfois vue sur les immeubles, parfois sur les collines, souvent sur la rivière grise de minéraux volcaniques, marron d’autres déchets.  Ainsi, le long des parcs de Santiago se dessine la stratification sociale de la ville et sa compartimentation, l’architecture change, les maisons rapetissent, se resserrent, se rapprochent , s’afessent, s’assombrissent, les visages aussi.

Lorsque tombe la nuit, que vibrent les bars, que grondent les restaurants, que se réveillent les boîtes de nuit, à l’heure des carretes*, les parcs de Santiago se transforment en zones de transits, en points de rencontres, en hôtes de « before », en repères de débuts de soirées plus ou moins arrosées, pour toute une jeunesse, d’ici ou de passage, plus ou moins active, plus ou moins employée. 


 
Avant que ne se lève le jour, que ne se décrasse le soleil, avant que les vendeurs de petits pains, de jus de fruits et de cafés ne viennent parsemer les allées les plus fréquentées en début de matinée, avant l’heure de la caña**, lorsque se profile à peine la fin de la nuit, que l’heure limite a sonné, contraignant les boîtes de bruit à fermer, les parcs de Santiago se remplissent de nouveau, le temps de courts arrêts, de transits, encore une fois, avant que leurs visiteurs ne se quittent, prennent des sentiers divergeants ou décident de prolonger la soirée, de se suivre l’un l’autre, à pas convergeants.

Et le dimanche après-midi,  lorsque les bureaux verrouillent leurs grandes portes vitrées, que les boutiques baissent leurs volets, que les rues se vident, que le brouhaha de la ville s’évapore, qu’on prendrait Santiago pour morte, les parcs de Santiago vivent encore.  Les enfants, les parents, les familles, les groupes d’amis, les amoureux, les musiciens, les marchands, les sportifs, les contemplatifs, les silencieux, les tapageurs, les gais, les tristes.

Dans les parcs de Santiago, le vacarme cesse, se disperse et laisse place à un autre, incessamment.



🎧 A écouter — musique associée à ce billet :
Baila Conmifo (ft. Luciana) — Juan Magan


*Chilenisme : petits amis et petites amies
**Chilenisme : gueule de bois
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